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Segmenter sa base e-mailing e-commerce pour gagner des clics

Envoyer le même e-mail à toute votre base fait chuter le taux de clic. Les segments à créer, les critères fiables en 2026 et les règles CNIL à respecter.

Par Mounir Mouchemouche, Greenconversion

Si vos campagnes e-mail partent à toute la base avec le même message, votre taux de clic plafonne parce que la plupart des destinataires reçoivent une offre qui ne les concerne pas. Segmenter, c'est découper la base selon le comportement d'achat et l'engagement, puis écrire un message par groupe : les études publiées montrent un taux de clic environ deux fois plus élevé sur les envois ciblés. Après lecture, vous saurez quels segments créer en premier, sur quels critères fiables les construire en 2026 et comment rester dans les règles de la CNIL.

Pourquoi un envoi à toute la base fait-il baisser le taux de clic ?

Un client qui a acheté hier, un abonné inscrit il y a trois ans sans jamais commander et un fidèle qui achète tous les deux mois n'attendent pas le même e-mail. Quand ils reçoivent le même, chacun le trouve un peu moins pertinent, et le clic moyen baisse.

Les chiffres des deux principaux routeurs vont dans le même sens, même s'ils datent un peu :

  • Mailchimp a comparé environ 11 000 campagnes segmentées envoyées par 2 000 utilisateurs à près de 9 millions de destinataires : les campagnes segmentées obtenaient 100,95 % de clics en plus et 14,31 % d'ouvertures en plus que les campagnes non segmentées (étude de 2017).
  • Klaviyo a analysé plus de 2,6 milliards d'e-mails envoyés au quatrième trimestre 2017 : les envois très ciblés (moins de 20 % de la base) affichaient un taux de clic de 1,99 % contre 0,92 % pour les envois à plus de 90 % de la base, un revenu par destinataire plus de trois fois supérieur et environ deux fois moins de désinscriptions.

Pour situer votre propre niveau, Klaviyo publie en 2026, sur plus de 183 000 clients, un taux de clic jugé bon de 1,69 % pour les campagnes et 5,58 % pour les scénarios automatisés. L'écart entre les deux dit tout : un scénario automatisé part au bon moment vers la bonne personne, c'est-à-dire qu'il est segmenté par nature. Omnisend fait le même constat sur 27 milliards d'e-mails envoyés en 2025 : les automatisations représentent 2 % des envois mais 30 % du chiffre d'affaires généré par l'e-mail.

Sur quels critères segmenter en 2026 ?

Oubliez le taux d'ouverture comme critère

Beaucoup de segments « engagés » reposent sur les ouvertures. C'est devenu fragile pour deux raisons. D'abord, quand la protection de l'activité est activée dans Mail, Apple télécharge le contenu distant en arrière-plan dès la réception du message : le pixel de suivi peut donc se charger sans que l'e-mail ait été lu. Ensuite, la CNIL a publié le 14 avril 2026 sa recommandation sur les pixels de suivi dans les courriels : la mesure individuelle des ouvertures demande en règle générale le consentement du destinataire, sauf exemption limitée à la mesure de la délivrabilité. Selon la foire aux questions de la CNIL, même cette exemption ne couvre pas la collecte de l'heure d'ouverture.

Si vous segmentez sur les ouvertures, une partie croissante de votre base deviendra donc invisible ou mal classée.

Préférez les clics et surtout les achats

Les critères solides sont ceux que vous possédez dans votre base clients :

  • La récence : date du dernier achat.
  • La fréquence : nombre de commandes sur 12 mois.
  • Le montant : chiffre d'affaires cumulé ou panier moyen.
  • L'affinité produit : catégories achetées ou consultées.
  • Le cycle de vie : prospect inscrit sans achat, premier acheteur, client régulier, client inactif.

Les trois premiers forment la segmentation RFM (récence, fréquence, montant), la plus utilisée en e-commerce parce qu'elle s'appuie sur des données de commande, pas sur des signaux de lecture.

Quels segments créer en premier ?

Inutile de construire 40 segments. Cinq suffisent pour démarrer, à condition que chacun reçoive un message différent.

Segment Définition (à adapter à votre cycle d'achat) Message adapté
Nouveaux inscrits sans achat Inscrits depuis moins de 30 jours, aucune commande Preuve sociale, meilleures ventes, réponses aux objections
Premiers acheteurs Une seule commande Produits complémentaires de la catégorie achetée
Clients réguliers Deux commandes ou plus sur 12 mois Nouveautés, accès anticipé, programme de fidélité
Clients à réactiver Pas d'achat depuis une durée supérieure à votre délai habituel de réachat Rappel de la marque, nouveautés depuis le dernier achat
Inactifs prolongés Ni clic ni achat depuis longtemps Campagne de reconquête, puis retrait de la base

Prenons un site de cosmétiques dont les clientes rachètent en moyenne tous les deux mois : le segment « à réactiver » se déclenche après trois mois sans commande. Pour un site de mobilier, ce même seuil serait absurde. Calez toujours les seuils sur votre propre délai de réachat, mesuré dans vos données de commande.

Retirez les inactifs prolongés

Garder des adresses qui ne cliquent plus jamais n'est pas neutre. Gmail demande de maintenir le taux de signalement comme spam sous 0,1 % dans Postmaster Tools : chaque envoi à des destinataires désintéressés augmente ce risque et dégrade la délivrabilité de tous vos e-mails, y compris vers vos meilleurs clients.

Comment rester dans les règles de la CNIL ?

Segmenter ne change pas la base légale de vos envois. La CNIL rappelle que la prospection par e-mail auprès des particuliers repose en principe sur le consentement préalable, avec une exception pour vos clients existants si le message porte sur des produits ou services similaires à ceux déjà achetés. Deux conséquences directes pour vos segments :

  • un compte créé sans achat ne suffit pas à caractériser une relation commerciale : vos « inscrits sans achat » doivent avoir consenti ;
  • les offres de partenaires ne relèvent pas de l'exception client : elles demandent un consentement.

Ajoutez dans votre outil un champ « base légale » (consentement ou client existant) et filtrez chaque envoi dessus.

Comment mesurer le gain de la segmentation ?

Mesurez trois indicateurs par segment, pas en moyenne globale :

  • le taux de clic (clics uniques divisés par e-mails délivrés) ;
  • le revenu par destinataire, qui relie l'e-mail au chiffre d'affaires ;
  • le taux de désinscription et de plainte.

Comparez chaque segment à un groupe témoin qui reçoit le message générique pendant quatre à six envois. Dans la méthode Greenconversion, l'e-mail agit sur le trafic qualifié qui revient sur le site : un meilleur taux de clic se traduit en visites, puis en commandes que vous pouvez chiffrer. Notre pré-analyse offerte commence justement par mesurer la part de chiffre d'affaires de chaque canal. Le scénario automatisé le plus rentable reste la relance des paniers abandonnés : nous détaillons sa construction dans la séquence d'e-mails de relance des paniers abandonnés.

À retenir

  • Les envois segmentés obtiennent environ deux fois plus de clics que les envois à toute la base, selon Mailchimp et Klaviyo.
  • En 2026, ne segmentez plus sur les ouvertures : la CNIL encadre les pixels de suivi et Apple Mail les charge sans lecture.
  • Construisez vos segments sur la récence, la fréquence, le montant et la catégorie achetée.
  • Cinq segments bien alimentés valent mieux que 40 segments vides.
  • Mesurez le taux de clic et le revenu par destinataire segment par segment, face à un groupe témoin.

Sources