Facture électronique et e-reporting : ce qui change en e-commerce
Réception depuis septembre 2026, émission et e-reporting des ventes aux particuliers : le calendrier et les actions à mener sur un site e-commerce.
Mounir Mouchemouche
Fondateur de Greenconversion, 13 ans d’e‑commerce, dont 2 ans au comité de direction du groupe POP France
En bref
Pour un site e-commerce, la réforme de la facturation électronique change deux choses : les factures entre entreprises passent par une plateforme agréée, et les ventes aux particuliers doivent être déclarées à l'administration fiscale par l'e-reporting. Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise doit pouvoir recevoir des factures électroniques ; l'émission et l'e-reporting s'appliquent dès cette date aux grandes entreprises et aux ETI, et au 1er septembre 2027 aux PME et microentreprises (impots.gouv.fr). Après cette lecture, vous saurez quelles ventes de votre site relèvent de quel dispositif et quoi préparer avant votre échéance.
Qu'est-ce qui change, et à quelle date ?
La réforme comporte trois volets, selon la présentation de l'administration fiscale (impots.gouv.fr) :
- la facturation électronique : les factures entre entreprises assujetties à la TVA et établies en France sont émises au format électronique et transmises par une plateforme agréée, qui transmet aussi des données à l'administration ;
- l'e-reporting des transactions : les ventes à des acheteurs non assujettis, comme les particuliers, et les opérations avec des entreprises étrangères sont déclarées par voie électronique ;
- l'e-reporting des paiements : les données d'encaissement sont transmises pour les opérations dont la TVA est exigible à l'encaissement.
| Date | Qui | Obligation |
|---|---|---|
| 1er septembre 2026 | Toutes les entreprises | Pouvoir recevoir des factures électroniques |
| 1er septembre 2026 | Grandes entreprises et ETI | Émettre des factures électroniques et faire l'e-reporting |
| 1er septembre 2027 | PME et microentreprises | Émettre des factures électroniques et faire l'e-reporting |
L'administration précise qu'une facture papier scannée, un PDF ordinaire ou un document envoyé par e-mail ne seront plus conformes (impots.gouv.fr). Si vous êtes une PME, l'obligation de réception vous concerne donc déjà : vos fournisseurs, transporteurs et prestataires peuvent vous facturer par ce canal.
Vos ventes en ligne relèvent-elles de la facture électronique ou de l'e-reporting ?
Tout dépend de qui achète. L'administration fiscale répond à la question des entreprises dont les clients sont à la fois des professionnels et des particuliers : elles sont concernées par les deux dispositifs (impots.gouv.fr).
- Vente à un particulier, en France ou à l'étranger : e-reporting des données de la transaction.
- Vente à une entreprise établie en France : facture électronique émise par la plateforme agréée de votre choix.
- Vente à une entreprise établie à l'étranger : pas de facture électronique obligatoire, mais e-reporting des données.
La facture électronique ne s'impose que si trois conditions sont réunies : une opération entre assujettis à la TVA établis en France, dans le champ de la TVA française, et soumise aux règles de facturation françaises (impots.gouv.fr).
Pour la plupart des sites marchands grand public, l'essentiel du volume relève donc de l'e-reporting. Mais dès que des clients professionnels commandent sur le site (comités d'entreprise, revendeurs, associations assujetties, artisans), une partie des commandes bascule dans la facture électronique. Le site doit alors savoir distinguer les deux.
Que faut-il transmettre pour les ventes aux particuliers ?
Pour les ventes à des non-assujettis, la foire aux questions de l'administration indique que vous transmettez le montant total des opérations réalisées par jour, sur une période définie (FAQ impots.gouv.fr, version du 1er septembre 2026). Il ne s'agit donc pas d'envoyer chaque commande sous forme de facture, mais des données agrégées.
La fréquence dépend de votre régime de TVA, selon la même FAQ :
- franchise en base : tous les deux mois ;
- régime réel normal mensuel : trois fois par mois.
Les données de paiement, elles, ne concernent que les prestations de services, y compris avec un particulier ; les ventes de biens ne sont pas visées (FAQ impots.gouv.fr). Un site qui vend uniquement des produits n'a donc pas, sur ses ventes aux particuliers, d'e-reporting des encaissements. Un site qui vend aussi des services (installation, abonnement à un service, ateliers) doit vérifier ce point avec son expert-comptable.
Comment repérer les clients professionnels dans votre tunnel de commande ?
Un client professionnel ne se déclare pas tout seul. Si votre formulaire de commande ne lui demande rien, sa commande part comme celle d'un particulier, et vous perdez l'information nécessaire pour émettre la bonne facture. La solution tient en une case à cocher et deux champs, affichés seulement à ceux qui en ont besoin.
- 1Un champ libre « Société » ne permet pas de savoir si le client est un professionnel assujetti.
- 2Une case explicite, décochée par défaut, que seuls les clients professionnels utilisent.
- 3Les champs entreprise n'apparaissent qu'une fois la case cochée : le particulier n'a rien de plus à remplir.
Ce choix a aussi un enjeu de conversion. Chaque champ ajouté pour tous allonge le formulaire de tous ; c'est pourquoi les champs entreprise ne doivent s'ouvrir que pour ceux qui les demandent (voir notre article sur les tunnels de paiement à moins de champs). Testez ensuite le parcours complet avec une commande particulier et une commande professionnelle, sur mobile.
Quelles actions mener avant votre échéance ?
La réforme touche à la fois votre plateforme e-commerce, votre outil de facturation et votre comptabilité. Voici les actions à mener, dans l'ordre :
- Choisissez votre plateforme agréée de réception si ce n'est pas fait : l'obligation de réception court depuis le 1er septembre 2026.
- Cartographiez vos flux de vente : site, places de marché, ventes en magasin, devis professionnels. Pour chacun, notez s'il s'agit de particuliers, de professionnels français ou de professionnels étrangers.
- Vérifiez ce que sait faire votre plateforme e-commerce : export des ventes du jour, distinction particulier et professionnel, connecteur vers votre logiciel de facturation ou votre plateforme agréée.
- Adaptez le tunnel de commande pour identifier les clients professionnels, comme dans la maquette ci-dessus.
- Fixez votre échéance d'émission avec votre expert-comptable : septembre 2026 pour les grandes entreprises et ETI, septembre 2027 pour les PME et microentreprises.
- Ajoutez ces sujets à votre cahier des charges si une refonte est prévue : facturation et e-reporting doivent y figurer comme des exigences, au même titre que le paiement (voir les rubriques clés d'un cahier des charges de refonte).
Que risquez-vous en cas de retard ?
La FAQ de l'administration chiffre deux sanctions (FAQ impots.gouv.fr) :
- une facture qui n'est pas émise au format électronique : amende de 50 € par facture, plafonnée à 15 000 € par année civile, la première infraction n'étant pas sanctionnée ;
- l'absence de choix d'une plateforme de réception : 500 € après mise en demeure, puis 1 000 € par période de trois mois si le manquement persiste.
Au-delà de l'amende, l'enjeu est opérationnel : un flux de données mal branché entre le site, la facturation et la comptabilité crée des écarts qu'il faut corriger à la main chaque mois. Mieux vaut l'organiser une fois, proprement. Si vous profitez de ce chantier pour revoir votre tunnel de commande, une pré-analyse offerte vous indique où il perd des commandes avant d'y ajouter quoi que ce soit.
À retenir
- Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques.
- L'émission et l'e-reporting s'appliquent dès septembre 2026 aux grandes entreprises et aux ETI, en septembre 2027 aux PME et microentreprises.
- Les ventes aux particuliers relèvent de l'e-reporting, en données agrégées par jour ; les ventes aux entreprises établies en France, de la facture électronique.
- Un site qui vend aussi à des professionnels doit les identifier dans le tunnel, sans alourdir le formulaire des particuliers.
- Plateforme agréée, flux de ventes, tunnel et cahier des charges : quatre chantiers à mener avec votre expert-comptable.